Le textile traverse ma vie depuis mon enfance bretonne. Entre châles, coiffes et bannières de pardons, entre couture « à la maison » jusqu’aux études universitaires mon regard s’est porté vers la broderie avec cet intérêt singulier qui m’a fait passer de la théorie à la pratique.
Je me suis engagé dans cette voie périlleuse, broder, pour dire ce qu’est le médium débarrassé de la tradition et du motif. Presque un concept, un fil lancé qui ne montre de lui que ce qu’il est, ou plusieurs fils mêlés dans l’aléatoire. Les règles sont contrariées, le geste libre et non prémédité pour un enchevêtrement de matériaux qui n’auraient  jamais supposé être réunis.
Ni forme précise, ni direction donnée, ni dessin préparatoire, sans hiérarchie ni code, tout se joue dans l’instant, dans la durée, celle qui abolit les limites de mon temps de créateur ;
je devrais dire, qui m’engage physiquement malgré le format réduit, dans la durée d’effectuation. Je reste proche du travail du moine copiste, de l’artisan, du labeur qui me façonne en tant qu’humain dans le cadre de cette pratique artistique.
Dans le doute et le silence, je construis cette matérialité textile nourricière faite de fils et de rencontres intérieures. Mes broderies, hors des normes et des classifications, donnent plus à penser qu’à décrire. Elles sont comme un autoportrait.