BOURQUIN Guillaume

Le projet peintures écrites a débuté il y a huit ans. Aux confins des arts plastiques et de la philosophie, il se résume en un geste : celui d’écrire, de recopier sur toiles des textes tirés du patrimoine de l’humanité. Pris dans un mouvement plus vaste dans lequel l’image partout supplante le texte, ce dernier ne se sauve qu’en devenant à son tour objet de peinture comme ce fut le cas dans d’autres traditions. C’est alors que les mots, les phrases, les chapitres, les alinéas, les points de suspension prennent sens dans l’espace. Les uns montant, les autres descendant, dans le cercle, le carré, la courbe et la droite. Les textes tentent de sauver leur peau en prenant la pose, en jouant les paysages.

Geste artisanal qui s’inscrit dans une durée lente contre l’immédiateté du copier/coller. Geste héroïque contre la société du stockage de masse. Geste ironique contre la puissance de l’oubli. Geste ancestral qui nous ramène aux sources de l’homme, de l’écriture, révolte du manuscrit contre le tapuscrit.

Tous ces textes que je choisis de mettre en scène, je les ai d’abord eus en bouche avant que de les avoir en main. Professeur de philosophie, je conçois les peintures écrites comme la poursuite de mon enseignement, un acte philosophique tout autant qu’artistique.

Le but est toujours le même : donner à voir ce qui disparaît, sous le flot tumultueux des images et des paroles qui s’annulent les unes les autres.